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Une approche LAI pour le contrôle des mauvaises herbes dans les pelouses résidentielles

Un essai du comité environnemental de PNB

Par Neil Pond
Le 20 novembre 2004

Introduction :

La raison d’être de cet essai est de fournir des données de base et des recommandations pour le développement de principes opérationnels à l’approche LAI dans le contrôle des mauvaises herbes des pelouses résidentielles de la région de provinces maritimes. Les données techniques ont été fournies par Neil Pond de Urban Landscaping Ltd., un fournisseur de services LAI qui utilise des seuils de surveillance pour les mauvaises herbes au Nouveau-Brunswick.

Le but du comité environnemental de l’AHNB est de mettre au point des principes opérationnels pratiques qui pourront être adoptés par l’industrie de l’entretien du gazon dans la région des maritimes et qui permettront de former les techniciens qui travaillent dans ce domaine.

Le seuil de tolérance des mauvaises herbes est « dicté par le consommateur » :

De façon typique, un seuil (pour organismes nuisibles) est atteint lorsque les dommages causés au gazon sont visibles (par exemple la punaise velue). Les seuils varient d’un site à l’autre d’après leur résistance au stress causé par les organismes nuisibles. Il en va de même avec le seuil de tolérance des gens. Dans l’industrie de l’entretien du gazon, l’expérience a démontré que les gens ne tolèrent aucune mauvaise herbe visible (tolérance zéro). Grâce aux programmes de sensibilisation à l’environnement et aux efforts éducatifs, certaines personnes ont commencé à modifier leur attitude et tolèrent un nombre minimum de mauvaises herbes, parce que ces gens comprennent qu’elles sont plus désagréables que dangereuses et que cela permet de réduire l’usage de pesticides. Ceci explique comment les perceptions du public ont un impact sur l’industrie de l’entretien du gazon.

Méthodologie utilisée par Urban Landscaping Ltd dans le décompte des mauvaises herbes :

Urban Landscaping a mis au point une méthode de décompte des mauvaises herbes qui correspond au niveau de tolérance de ses clients et l’a incorporé dans ses pratiques LAI. La méthodologie est basée sur ce qui est acceptable pour ses clients et ce qui est possible de réaliser en tant que fournisseur de services. Le seuil de traitement a été établi à par du point où un client typique commencerait à s’inquiéter des mauvaises herbes sur sa pelouse. De plus, Urban Landscaping a convaincu ses clients, petit à petit, qu’il faut tolérer un nombre minimum de mauvaises herbes et que la tolérance zéro n’est pas acceptable. Le décompte se fait lors de l’inspection de la propriété et, de la même façon que pour les ravageurs (punaise velue), on compte aux endroits les plus problématiques ou probables où les seuils pourraient être atteints. On se sert de la méthode du quadrat ou de la grille sur une aire de 10 pieds x 10 pieds (100 pieds carrés). La surface du décompte est plus grande que celle d’autres méthodes et permet de compter moins souvent et d’obtenir une indication raisonnable de la population de mauvaises herbes. La surface de 100 pieds carrés est à une échelle proportionnelle pour une personne qui compte les mauvaises herbes en marchant. Troisièmement, les mauvaises herbes ne sont pas distribuées également et un décompte sur une grande surface permet d’obtenir un échantillon plus représentatif que sur une petite surface. Finalement, les quadrats de 100 pieds carrés permettent d’être plus productifs parce qu’ils sont faciles à réaliser et facile à apprendre pour les techniciens; 100 pieds carrés= 3 grandes enjambées x 3 grandes enjambées pour former un carré.

Qu’est-ce qu’un nombre minimum de mauvaises herbes?

On compte les mauvaises herbes que l’on voit sans se pencher ou regarder attentivement chacune. Autrement dit, les mauvaises herbes les plus évidentes sont celles qui ont de l’importance pour le client et la méthodologie a été mise au point pour tenir compte de ce fait. La plupart des mauvaises herbes qui sont comptées sont à feuilles larges comme le plantain et le pissenlit (les plus visibles) et sont d’une bonne grosseur (4 pouces de diamètre soit 2/3 de la taille à maturité). Quelquefois, une mauvaise herbe rampante (renouée des oiseaux) peut être comptée comme 2 ou 3 mauvaises herbes, dépendant de sa grosseur. Si le total de mauvaises herbes est plus bas que le seuil, il n’est pas nécessaire de traiter parce que l’on a affaire à un nombre minimum de mauvaises herbes.

Le chiffre magique :

Urban Landscaping a découvert que 5 mauvaises herbes par 100 pieds carrés est le nombre toléré par le client typique. Cette moyenne est représentative de la grande majorité de ses clients. Pour simplifier disons que cela est 5 %. A ce pourcentage de mauvaises herbes, les clients n’étaient pas satisfaits et en conséquence le seuil de traitement a été ajusté pour ne pas permettre aux mauvaises herbes d’atteindre ou dépasser ce seuil de 5 %. Des traitements ciblés ou complets étaient requis. Urban Landscaping a réussi à maintenir le seuil sous le 5 % (5 mauvaises herbes.100 pieds carrés) pour presque, sinon tous ses clients en servant de l’approche LAI. De façon typique, on arrache les mauvaises herbes à la main durant l’été si la fenêtre de traitement n’est pas idéale et sur les pelouses « sans pesticide ».

Terminologie pratique :

Traitement ciblé (vaporisation) :
Un traitement ciblé consiste à presser la gâchette du vaporisateur pour obtenir de petits jets (jusqu’à 3 secondes) du produit de contrôle pour une aire qui ne demande pas de se déplacer ( dans le champ de la cachette sans faire un pas)
Traitement complet (vaporisation)*:
Un traitement complet consiste en une vaporisation continue obtenue en poussant et tenant en position ouverte la gâchette du vaporisateur (pour plus de trois secondes) pour pulvériser sans arrêter un produit de contrôle sur la surface d’un quadrat d’une manière qui nécessite de se déplacer.

Il faut noter qu’un traitement complet peut se faire dans le cadre d’un programme LAI s’il est limité aux endroits qui ont dépassé le seuil de tolérance. L’expression « traitement complet » ne s’applique pas nécessairement à une vaporisation sur la surface entière de la pelouse et peut représenter un petit pourcentage des aires de traitement d’une propriété donnée.

Classification utilisée par Urban Landscaping pour les seuils de mauvaises herbes :

Classe « A » :

Peu ou pas de mauvaises herbes visibles; moins de 5 mauvaises herbes par 100 pieds carrés; sarclage à la main ou traitement ciblé requis. Peu ou aucun traitement complet requis.

Classe « B » :

Décompte des mauvaises herbes dépasse celui de la classe « A » (habituellement entre 5 mauvaises par 100 pieds carrés jusqu’à 75 par 100 pieds carrés); sarclage à la main impossible; traitements ciblés fréquents et traitement complet nécessaire pour ramener la population de mauvaises herbes au à celle de classe « A ».

Classe « C » :

Décompte des mauvaises herbes dépasse celui de la classe « B » (plus de 75 mauvaises herbes par 100 pieds carrés); habituellement l’état de la pelouse est irréversible et doit être rénovée (comme motoculture, ajout de terreau et sursemis ou aération et terreautage avec compost et sursemis avec la méthode de coupure de la pelouse suivi de sursemis).

Sarclage à la main comme méthode de contrôle non-chimique :

Le sarclage à la main peut être considéré comme une alternative au traitement ciblé lorsque le nombre de mauvaises herbes est assez bas pour le taux de productivité de chaque méthode est équivalent. Il y a un point (seuil) où il est trop laborieux et inefficace de sarcler à la main une propriété entière du au nombre de mauvaises herbes. C’est le moment où le traitement ciblé devient une méthode pratique.

Chez Urban Landscaping Ltd., la superficie moyenne d’une pelouse est de 8 000 pieds carrés et le temps moyen requis pour un traitement ciblé de cette surface est de 10 à 15 minutes pour un décompte de mauvaises herbes de 5 % ou moins ( 5 mauvaises herbes par 100 pieds carrés). Le choix de sarcler à la main doit donc prendre environ à peu près le même temps ou moins de temps pour être valable.

Productivité du sarclage à la main :

Urban Landscaping Ltd peut prendre habituellement jusqu’à 10 minutes par visite pour sarcler à la main et est capable d’enlever la plupart des mauvaises herbes visibles sur une propriété qui a peu de mauvaises herbes (1 mauvaise herbe par 200 pieds carrés). De façon générale, on peut arracher entre 30 et 35 mauvaises herbes en 10 minutes avec une productivité moyenne de 3 mauvaises herbes par minute. Dans une telle situation, le décompte des mauvaises herbes est d’environ 0.4 mauvaise herbe par 100 pieds carrés ou juste un peu moins de 1 mauvaise herbe par 200 pieds carrés. Il est important de noter que le taux plus bas de mauvaises herbes par 100 pieds carrés n’a aucun impact sur le taux de productivité du sarclage à la main. Ceci s’explique par le fait qu’il faut plus de temps pour trouver les mauvaises herbes où il y en a moins et parce quelles sont plus loin les unes des autres.

Taux de productivité du sarclage à la main :
Taux bas : (3/min.) Taux moyen : (5/min.) Taux élevé : (7/min.)
40 mauvaises herbes/8 000 p2 60 mauvaises herbes/8 000 p2 80 mauvaises herbes/8 000 p2
0,5 mauvaise herbe/100 p2 0,75 mauvaise herbe/100 p2 1 mauvaise herbe/100 p2
0,05 % de mauvaise herbe 0,075 % de mauvaise herbe 0,1 % de mauvaise herbe
12 minutes 12 minutes 12 minutes

Le tableau ci-dessus indique, que basé sur un taux de productivité acceptable pour une compagnie d’entretien du gazon, un seuil raisonnable de mauvaises herbes pour sarclage à la main serait jusqu’à 1 mauvaise herbe par 100 pieds carrés (0.1 % de mauvaise herbe) ce qui est loin de 1 %! Au-delà de 1 mauvaise herbe par 100 pieds carrés, le traitement ciblé devient la méthode préférée parce qu’on couvre une plus grande surface avec moins de temps et d’effort que pour le sarclage à la main.

La logistique du sarclage à la main :

La plupart des compagnies d’entretien du gazon visitent une propriété à des intervalles de 5 à 6 semaines. Si on sarcle à la main pendant 10 minutes, ceci équivaut à 60 minutes par saison. A un intervalle de 5 à 6 semaines, il est plus probable qu’il y aura 1 mauvaise herbe par 100 pieds carrés plutôt que 0,5 mauvaise herbe par 100 pieds carrés. Si les visites se faisaient aux trois semaines, par exemple, les résultats seraient plus probablement de 1 mauvaise herbe par 200 pieds carrés ou 0,5 mauvaise herbe par 100 pieds carrés. Si on visite aux trois semaines et on sarcle 10 minutes chaque fois, le temps total pour le sarclage serait de 120 minutes pas saison (2 heures).

Lorsque l’on ajoute un programme de sarclage à la main à un programme LAI, il est recommandé de commencer avec une allocation plus élevée pour le sarclage à la main, jusqu’à ce que l’on ait une bonne idée du décompte actuel des mauvaises herbes et que le taux de productivité ait été établi. Il n’est pas probable que toutes les mauvaises herbes seront arrachées en même temps. Elles sont en germination et croissance perpétuelle et le décompte sera plus stable avec des visites plus fréquentes. De plus, quelques mauvaises herbes seront oubliées et c’est pourquoi cette méthode ne satisfait pas les clients qui n’en tolèrent aucune.

Le décompte des mauvaises herbes et le % actuel :

Lors d’études passées (exemple : C.-B. Manuel LAI) on a suggéré que les pelouses résidentielles de Classe « A » peuvent contenir entre 5 % et 10 % de mauvaises herbes et être considérées « sans mauvaise herbe » n’est pas acceptable dans les Maritimes ni par les compagnies d’entretien du gazon ni par le public d’après la méthodologie utilisée dans cet essai. Il y aurait beaucoup trop de mauvaises herbes visibles et aucun moyen pour les contrôler. Il semble que la méthodologie et en particulier la méthode de décompte sont assez différentes pour avoir des résultats qui diffèrent dramatiquement. Les études précédentes ont dû compter toutes les mauvaises herbes visibles ou non. La discussion dans cet essai est dictée par la perception chez le client de ce qui se voit et de ce qui est évident et ainsi ne tient pas compte du même nombre de mauvaises herbes dans un endroit donné.

Le % actuel et la perception :

Il semble y avoir une différence significative entre le pourcentage actuel et la perception de ce à quoi ces pourcentages ressemblent, comme dans l’exemple du tableau qui montre 5 % de façon graphique (voir l’illustration jointe). Dans ce cas, la perception de ce à quoi 5 % de mauvaises herbes ressemble, est beaucoup moins que ce que nous montre l’illustration. Il y a un danger réel à se servir et à parler de pourcentages car il est plus difficile de faire la relation entre le chiffre plutôt qu’un décompte actuel de mauvaises herbes. Il est facile de visualiser 5 mauvaises herbes par 100 pieds carrés. Une analogie pour fins de comparaison serait ce que l’industrie des prévisions météorologiques utilise quand on parle de température actuelle et de ce que cela « paraît comme… » Cela permet aux gens de faire la relation avec ce qui arrive. Pour des raisons semblables, Urban Landscaping a adopté une échelle qui traduit 1 mauvaise herbe par 100 pieds carrés par 1 %, 2 mauvaises herbes par 100 pieds carrés par 2 % et ainsi de suite. Lorsque l’on observe une pelouse avec cette échelle, 1 mauvaise herbe par 100 pieds carrés, ressemble vraiment à 1 % etc. En d’autres mots, Urban Landscaping se sert de la méthode « paraît comme » au lieu de se servir des pourcentages actuels.

Recommandations :

  • Le système de décompte du quadrat de 10 x 10 est efficace et facile à utiliser. Il pourrait être adopté par l’industrie et aussi converti en métrique.
  • Les seuils et les principes opérationnels devraient être vérifiés par décompte plutôt que par pourcentage pour plus de pertinence et d’objectivité. Les pourcentages peuvent être utilisés pour communiquer avec le public (hors de l’industrie) afin de faciliter la perception et la compréhension de l’interprétation du décompte des mauvaises herbes.
  • Une politique exclusive de sarclage à la main pourrait être mise au point, cependant, le décompte des mauvaises herbes doit être très bas et rester économiquement viable pour l’industrie de l’entretien du gazon.
  • Un seuil avec décompte minimum pourrait être mis au point pour le traitement ciblé basé sur le point où le sarclage à la main n’est plus pratique. Le décompte et le pourcentage devront être beaucoup plus bas que ce qui a été publié dans le passé d’après ce que cet essai a expliqué.
  • Un seuil avec décompte minimum pourrait être mis au point pour le traitement complet basé sur le point où il devient plus productif de faire un traitement complet plutôt qu’un traitement ciblé. L’information sur la productivité basée sur les études de temps-mouvement suggère que le traitement complet serait plus plausible à ou au-dessus de 5 mauvaises herbes par 100 pieds carrés. (0,5 %)
  • Une politique de conversion du pourcentage « paraît comme » (semblable à celui dont se sert Urban Landscaping Ltd.) pourrait être mis au point pour pouvoir utiliser les pourcentages de façon plus significative au sein de l’industrie. De tels pourcentages pourraient être plus pertinents et faciles à communiquer avec le public.
Seuils recommandés pour les mauvaises herbes :
Méthode de traitement Décompte des mauvaises herbes % (Actuel) % (Paraît comme)
Sarclage à la main Jusqu’à 1/100 p2 0,1 % 1 %
Traitement ciblé Jusqu’à 1/100 p2 0,1 % 1 %
  5/100 p2 0,5 % 5 %
Traitement complet 5/100 p2 et plus > 0,5 % > 5 %